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Allergie et intolérance au lait, c’est la même chose?

FAUX !

Il ne faut pas confondre allergie aux protéines de lait et intolérance au lactose.

L’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) concerne surtout le nourrisson et l’enfant jusqu’à l’âge de trois ans (plus de 4% des bébés). L’APLV est la première allergie chez le nourrisson de moins d’un an, et l’une des plus fréquentes avec l’œuf, les noix et les arachides chez l’enfant au-delà de cet âge. Elle guérit dans la majorité des cas, même si elle peut persister chez une très faible proportion des enfants scolarisés entre trois et quatorze ans. Elle demeure très rare chez l’adulte.

Ses symptômes sont multiples: eczéma, troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées, reflux), urticaire, angio-œdème, rhinite, asthme, voire choc anaphylactique.

Le lait contient une quinzaine de protéines potentiellement allergisantes. Les plus connues sont les caséines et la bêta-lactoglobuline et alpha-lactabulmine. La forte sensibilisation aux caséines est associée à des APLV persistantes. Cette allergie peut être croisée avec le lait de chèvre et de brebis car leurs protéines sont très ressemblantes, et parfois même avec le soya d’origine végétale.

Le diagnostic d’APLV repose sur une histoire clinique compatible, des tests cutanés et biologiques de dosages d’IgE (immunoglobulines E) spécifiques que ce soit chez le nourrisson, l’enfant ou l’adulte.

Le traitement consiste en l’éviction du lait de vache et produits laitiers et la substitution par un hydrolysat poussé de caséine ou de protéines du lactosérum. Dans certaines situations, il faut recourir à des formules d’acides aminés ou des hydrolysats de protéines de riz adaptés aux nourrissons.

L’éviction des produits laitiers est limitée dans le temps et stricte. Le but de cette éviction chez le nourrisson est de faciliter la restauration de la tolérance aux protéines de lait de vache, puis une réintroduction des aliments contenant des traces de protéines de lait est faite sous contrôle d’un médecin allergologue.

Si malheureusement, enfant ou adulte, l’allergie aux protéines de lait est confirmée par un diagnostic médical, tous les produits laitiers (vache, brebis, chèvre), donc lait, crème, yogourts, beurre, fromage, crèmes glacées sont à éviter de façon plus ou moins stricte selon les degrés des symptômes. De nombreux produits alimentaires industriels contiennent des protéines de lait car elles donnent une texture et de la saveur. Pas d’inquiétude, la législation en vigueur stipule sa présence au consommateur.

Dans le cas d’une intolérance au lactose, ce n’est plus une allergie aux protéines de lait, mais une réaction qui correspond au sucre du lait des mammifères (vache, brebis, chèvre). Les symptômes sont différents et sont principalement d’ordre digestif: ballonnements, flatulences, digestion difficile et troubles du transit. Ces symptômes sont la conséquence de la malabsorption du lactose. Non digéré, le lactose est utilisé par les bactéries coliques pour produire une fermentation dégageant des lactates et des gaz (hydrogène et gaz carbonique).

Ce glucide est digéré et détruit par une enzyme, la lactase, qui dégrade le lactose (disaccharide) en glucose et galactose, sucres facilement absorbés. Cette enzyme est fabriquée naturellement par l’épithélium intestinal en grande quantité chez le nourrisson et qui tend à diminuer à l’âge adulte. Environ 60% des adultes de la population mondiale seraient intolérants au lactose.

La production de lactase à l’âge adulte est génétiquement déterminée. L’origine ethnique est importante dans ce cas, car la majorité de la population nord-européenne (80%) et américaine blanche (entre 80 et 90%), produit une quantité de lactase suffisante pour une bonne digestion du lait, au contraire des populations amérindiennes, méditerranéennes, africaines ou moyennes et extrême-orientales dont l’activité lactasique est inférieure ou égale à 10% (alactasie physiologique).

Le diagnostic d’intolérance au lactose est confirmé par le test d’ingestion de 20 g de lactose pur chez l’adulte, suivi de la mesure de l’hydrogène expiré dans des laboratoires spécialisés.

Des moyens très simples, sans tomber dans l’éviction totale, sont à privilégier comme la consommation des fromages à pâte dure, pauvres en lactose, plutôt que des yogourts et le lait fermenté type kéfir et lassi. La consommation en petite quantité de lait ne pose généralement que peu de problèmes. La majorité des intolérants au lactose tolère 7 g de lactose (soit environ 145 ml de lait) par jour. La consommation de lait faible en lactose doit être privilégiée. Des compléments alimentaires à base de lactase et de probiotiques (bonnes bactéries) aident à une meilleure digestion des produits laitiers riches en lactose.


Le +

L’éviction totale d’un aliment ne doit pas être prescrite sans diagnostic formel d’allergie et d’intolérance vérifiées par des tests médicalement validés. Votre médecin est alors votre meilleur conseiller.

L’origine ethnique est à notifier dans le dossier médical afin de déterminer avec votre médecin si elle peut être mise en cause dans une intolérance au lait avec ses symptômes digestifs, voire de prise de poids.

Si un bébé est découvert allergique aux protéines de lait de vache alors que son mode d’alimentation est l’allaitement maternel, il est conseillé à la mère de réduire sa consommation en produits laitiers, les molécules passant dans le lait maternel.

Les fromages dont l’affinage date d’au moins deux ans voient leurs protéines se dégrader dans le temps. Elles sont également dénaturées par les levures présentes dans le fromage. Ainsi, il est possible pour certains allergiques de consommer du fromage très affiné en quantité modérée. D’autres allergiques aux protéines de lait peuvent même tolérer le fromage cuit des quiches, pizzas et gratins dont les allergènes ont été dénaturés par la cuisson à haute température. L’introduction de ces aliments doit se faire avec l’allergologue et après avoir effectué les explorations appropriées.

Si le diagnostic est plutôt une intolérance au sucre du lait, c’est-à-dire au lactose, ce dernier est lui aussi hydrolysé dans le temps lors de l’affinage du fromage. Les personnes intolérantes au lait pourront également consommer certains fromages affinés et du lait sans lactose.

Source : Dr Alexandra Dalu – Vivre en Santé