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Se soigner avec les plantes est sans danger pour l’organisme?

FAUX!

Nous parlerons ici plus particulièrement de phytothérapie qui n’est ni de l’homéopathie ni de l’aromathérapie, trois disciplines distinctes.

La phytothérapie a pour concept en médecine traditionnelle de prescrire un extrait naturel de plante selon les propriétés médicinales qu’elle possède. Selon la réglementation en vigueur du pays, certaines plantes sont considérées comme des médicaments (phyto-médicaments) et donc vendus en pharmacie. Au Canada, les médicaments à base de plantes sont gérés par la DPSNSO (Direction des produits de santé naturels et sans ordonnance) qui exige une expertise toxicologique avant leur mise sur le marché.

Les plantes contiennent des principes actifs curatifs qui sont efficaces sur une pathologie et ses symptômes, tout comme un médicament allopathique peut l’être, alors même que sa concentration est faible. Certaines plantes sont utilisées en médecine préventive. Elles ont donc des recommandations tout comme eux, avec leur posologie (dosage), leurs indications et leurs contre-indications. Il est vrai que leurs effets secondaires sont beaucoup moins fréquents et moins importants, mais à l’inverse, il est conseillé de ne pas poursuivre un traitement phytothérapique si les symptômes persistent. 

En clair, ce n’est pas parce que ce sont des plantes qu’il ne faut pas se méfier. Leurs composants peuvent notamment interférer avec certains traitements allopathiques et doivent donc être prescrits en connaissance de cause pour ne pas entraver l’efficacité du traitement en cours. De nombreux compléments alimentaires à base de plantes sont contre-indiqués en cas de grossesse, d’allaitement, de pathologies cardio-vasculaires, de cancers en cours de traitement, de greffe, d’insuffisance rénale et avant une chirurgie (pour les risques hémorragiques). Tout comme pour les médicaments conventionnels, des allergies sont tout à fait possibles avec les phytomédicaments.

Un exemple parlant: les patients ayant des pathologies cardiaques ne doivent pas consommer les produits alimentaires «minceurs» à base de p-synéphrine qui accentue leur rythme cardiaque. De même, si un patient suit un traitement à base d’AVK (médicaments anticoagulants), il ne doit pas prendre de plante millepertuis prescrite en cas de dépression. Se rappeler aussi que ce qui est vrai en matière d’alimentation l’est tout autant pour les gélules en phytothérapie: les aliments riches en vitamine K, comme les crucifères (chou, chou-fleur, brocoli), les épinards et les bananes doivent être consommés en petite quantité lors du traitement à base d’AVK, donc les compléments alimentaires à base de vitamine K sont contre-indiqués. Quant aux gélules à base de curcuma, gingembre, ginseng et ginkgo biloba, elles sont intéressantes pour réduire la fatigue psychique et les symptômes d’insuffisance veineuse mais risquent d’augmenter le risque d’hémorragie dans le cas de certaines pathologies.

Autre exemple: de nombreux médicaments utilisés dans les pathologies cardiaques ne doivent pas être pris avec du pamplemousse qui modifie le métabolisme du médicament, donc a fortiori les gélules à base d’extrait de ce fruit sont contre-indiquées pour risque de surdosage ou d’annihilation du traitement cardiaque en cours.

En revanche, il est parfois intéressant de prescrire de la phytothérapie avec le traitement habituel allopathique, afin que les deux traitements rentrent en synergie et que leurs effets se potentialisent, optimisant ainsi leur efficacité, à une moindre dose pour le traitement de médecine conventionnelle. Un diabétique, par exemple, prend son traitement à base de metformine et peut y associer des plantes dites metformine-like et régulatrices de la glycémie, telles que la cannelle, le banaba et le gymnema sylvestre pour l’aider à gérer sa glycémie.

Parfois aussi, il est préférable de parier sur les plantes pour se soigner. C’est le cas pour la femme enceinte: le gingembre est indiqué dans le traitement et la prévention des troubles dyspeptiques (nausées, vomissements), ce qui a d’ailleurs été validé par l’OMS (Organisation mondiale de la santé).

D’autres plantes et épices sont utilisées depuis l’Antiquité et font encore leurs preuves, c’est le cas notamment du gattilier, efficace dans les syndromes prémenstruels douloureux, règles hémorragiques et le syndrome des ovaires polykystiques. Le soya et le houblon, eux, peuvent améliorer les symptômes du climatère lors de la ménopause. L’ortie et le tribullus ont des vertus intéressantes pour améliorer le niveau de testostérone. La passiflore et l’aubépine sont relaxantes et sédatives, donc utiles pour lutter contre l’insomnie d’endormissement. La valériane, elle, est anxiolytique. La rhodiole est une plante adaptogène qui permet de réduire le niveau de stress. La chorelle est une algue qui aide à la chélation et l’élimination des métaux lourds (fixe et élimine les toxines issues des métaux lourds comme le cadmium, le mercure et l’aluminium). La canneberge diminue la fréquence des infections urinaires en réduisant l’adhésion des bactéries E. coli. Enfin, l’artichaut, le desmodium, le chardon marie, l’aloe véra améliorent la digestion.

Mais la liste ne peut être exhaustive et tant mieux, car les plantes nous sont fort utiles et les recherches nous réservent encore bien des surprises.

Il faut simplement garder en tête que plantes naturelles ne veut pas dire plantes médicinales inoffensives!

 

Le +

Une très grande majorité de médicaments utilisés en médecine conventionnelle sont des copies de molécules thérapeutiques des végétaux (plantes, fruits, légumes). L’origine végétale de l’aspirine par exemple est le saule blanc et la reine-des-prés.

Attention aux plantes vendues en sachets en boutique ou sur Internet, et à ces recettes qui ne prennent pas en considération les contre-indications éventuelles et l’absence d’innocuité des plantes utilisées pour préparer des infusions et décoctions. Certaines toxines laissées par des bactéries ou parasites sur les feuilles, tiges, racines de plantes peuvent rendre moins efficace, voire inefficace le principe actif contenu dans la gélule. Elles peuvent aussi provoquer des gastro-entérites, des allergies et, pire, des intoxications. Le mieux est toujours de demander conseil à son médecin spécialisé en nutrition et en phytothérapie.

 

Source : Dr Alexandra Dalu